L’ataraxie : retrouver la paix au milieu du tumulte
Les philosophes grecs avaient un mot pour désigner cet état : l’ataraxie.
L’ataraxie désigne une forme de tranquillité profonde de l’esprit, une stabilité intérieure qui permet de traverser les événements sans être constamment emporté par eux.
Mais attention : être dans l’ataraxie ne signifie pas ne plus rien ressentir.
Nous pouvons encore connaître la joie, la tristesse, la colère, la peur, la déception ou l’enthousiasme. La différence se situe ailleurs : nous ne sommes plus entièrement dirigés par ce que nous ressentons.
Une émotion n'est pas un problème à éliminer.
Elle nous informe. Elle nous indique parfois qu'une limite a été franchie, qu'un besoin n'est pas entendu, qu'une situation nous met en insécurité ou qu'un changement devient nécessaire.
Ce qui peut devenir épuisant, c'est lorsque l'émotion prend toute la place :
Une colère devient rancœur.
Une peur devient anticipation permanente.
Une déception devient méfiance.
Une blessure devient une histoire que nous nous racontons encore et encore.
L'ataraxie pourrait alors être comprise comme cette capacité à laisser l'émotion exister sans lui abandonner les commandes.
Une grande partie de notre agitation intérieure vient de cette confusion :
Nous voulons contrôler ce que les autres pensent de nous.
Nous voulons obtenir certaines réponses.
Nous voudrions que le passé ait été différent.
Nous cherchons à prévoir ce qui arrivera demain.
Nous espérons parfois que les autres changent pour pouvoir enfin être en paix.
Mais certaines choses ne dépendent tout simplement pas de nous.
Nous pouvons agir sur nos choix, nos paroles, nos décisions, nos limites et notre manière de répondre à ce qui nous arrive.
Nous ne pouvons pas contrôler les pensées des autres, leurs réactions, leurs choix ou les événements qui jalonnent notre existence.
Faire cette distinction n'est pas renoncer.
C'est cesser de gaspiller notre énergie là où elle ne peut rien changer.
Imaginez une mer agitée.
À sa surface, les vagues se soulèvent, le vent souffle et la tempête fait rage.
Pourtant, lorsque l'on descend profondément sous la surface, le mouvement s'atténue progressivement.
La profondeur ne nie pas la tempête.
Elle n'empêche pas les vagues d'exister.
Mais elle n'est pas emportée par chacune d'elles.
Cette image peut nous aider à comprendre ce que pourrait être l'ataraxie.
Non pas devenir insensible.
Non pas se couper du monde.
Mais trouver en soi un espace suffisamment profond pour que tout ce qui se passe à la surface ne détermine pas entièrement notre état intérieur.
Nous avons parfois tendance à penser :
« Je serai en paix lorsque cette situation sera réglée. »
« Je serai heureux lorsque cette personne me comprendra. »
« Je pourrai enfin souffler lorsque tout ira mieux. »
Mais si notre paix dépend systématiquement de l'amélioration des circonstances extérieures, elle reste extrêmement fragile.
L'ataraxie nous invite à déplacer légèrement le centre de gravité.
Non plus :
« Que faut-il changer autour de moi pour que je sois en paix ? »
Mais plutôt :
« Que puis-je changer en moi dans ma manière de traverser ce qui est là ? »
Cela ne signifie évidemment pas accepter l'inacceptable ou rester passif face à une situation qui nous fait souffrir.
Parfois, retrouver la paix intérieure passe précisément par une décision : dire non, poser une limite, partir, demander de l'aide ou mettre fin à une relation qui nous détruit.
La sérénité n'est pas la soumission.
Elle peut aussi être le fruit d'un choix clair.
Notre époque rend cette recherche particulièrement actuelle.
Notifications, informations en continu, réseaux sociaux, comparaisons, polémiques, sollicitations professionnelles et personnelles…
Notre attention est constamment appelée vers l'extérieur.
Nous pouvons passer une journée entière sans véritablement rencontrer le silence.
Or, il devient difficile d'entendre ce qui se passe en nous lorsque notre esprit est continuellement sollicité.
Retrouver un peu de silence n'est donc pas forcément fuir le monde.
C'est parfois simplement revenir à soi.
Quelques minutes sans écran.
Une promenade.
Une respiration consciente.
Un moment où l'on cesse de chercher des réponses à l'extérieur.
Un espace dans lequel l'on peut simplement observer ce qui est là.
Peu à peu, quelque chose peut se remettre en place.
Il serait illusoire de penser que nous pourrions atteindre un état dans lequel plus rien ne nous affecterait.
Nous sommes des êtres humains.
Nous sommes traversés par nos histoires, nos émotions, nos attachements et nos fragilités.
La paix intérieure n'est donc pas un état définitif que l'on atteint une fois pour toutes.
Elle ressemble davantage à un chemin de réajustement.
Parfois nous sommes emportés par la vague.
Puis nous retrouvons notre souffle.
Nous prenons du recul.
Nous revenons à ce qui dépend réellement de nous.
Et nous avançons.
Peut-être que l'ataraxie n'est finalement pas l'absence de tempête mais la capacité à retrouver, au cœur même de la tempête, un endroit en soi qui demeure profondément calme.
Et peut-être est-ce là l'une des formes les plus précieuses de liberté intérieure.
© Corinne Brossier
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