Le juste climat : quand grandir ne demande plus de forcer
« On ne force pas une fleur à éclore. On lui offre un sol fertile, de l'eau et suffisamment de lumière. »
Nous avons parfois une étrange conception du changement.
Il faudrait se dépasser. Se secouer. Comprendre plus vite. Pardonner. Tourner la page. Lâcher prise. Être plus fort.
Et lorsque cela ne fonctionne pas, nous en concluons facilement que nous ne faisons pas assez d'efforts.
Mais si le problème n'était pas toujours notre manque de volonté ?
Et si nous avions parfois simplement besoin d'un autre climat ?
On peut tirer sur une tige autant que l'on veut : cela ne fera pas pousser la plante plus vite.
Au mieux, rien ne se passe.
Au pire, on l'abîme.
L'être humain n'est évidemment pas une plante, mais l'image mérite d'être conservée.
Après une période difficile, une relation éprouvante, des humiliations répétées ou une violence verbale, il ne suffit pas toujours de décider : « Maintenant, je vais mieux. »
Quelque chose peut rester sur ses gardes.
On analyse davantage les paroles.
On anticipe les réactions.
On hésite avant de dire ce que l'on pense.
On peut même finir par considérer comme normal le fait de devoir constamment se justifier, se protéger ou mesurer ses mots.
Les relations marquées par la peur, l'imprévisibilité ou l'humiliation peuvent effectivement installer un climat d'insécurité et d'hypervigilance ; à l'inverse, les relations soutenantes et sécurisantes peuvent favoriser les processus de récupération. (PubMed Central (PMC))
C'est peut-être là que l'image du jardin devient intéressante.
Après avoir longtemps vécu dans la sécheresse, on ne demande pas à la terre de produire immédiatement des fleurs.
On commence par lui rendre ce qui lui a manqué.
De la sécurité.
Du respect.
De la douceur.
Des limites qui sont entendues.
Des paroles qui ne cherchent pas continuellement à blesser, culpabiliser ou déstabiliser.
Des personnes auprès desquelles il n'est pas nécessaire d'être constamment sur ses gardes.
Et aussi du temps.
Ce n'est pas de la faiblesse.
C'est recréer les conditions dans lesquelles quelque chose peut recommencer à vivre.
Nous sommes attentifs à la qualité de l'air que nous respirons, à ce que nous mangeons, à l'endroit où nous vivons.
Mais beaucoup moins au climat relationnel dans lequel nous passons nos journées.
Pourtant, certaines relations ressemblent à une terre fertile.
Nous pouvons y parler sans craindre immédiatement une attaque.
Dire non sans être puni.
Être en désaccord sans que le lien soit menacé.
Faire une erreur sans être humilié.
Être vulnérable sans que cette vulnérabilité soit utilisée contre nous.
D'autres environnements fonctionnent exactement à l'inverse : ils exigent une adaptation permanente et finissent par épuiser.
Une relation saine n'est pas une relation dans laquelle il n'existe jamais de conflit. La différence essentielle réside davantage dans la possibilité de réparer, de reconnaître sa responsabilité, de respecter l'autonomie de l'autre et de retrouver de la sécurité après le désaccord. (PubMed Central (PMC))
C'est cela que j'appellerais l'écologie relationnelle :
prendre conscience que notre environnement humain participe lui aussi à notre équilibre.
Dans sa dimension symbolique, la Tempérance nous rappelle quelque chose de précieux : tout changement profond n'est pas produit par la force.
Il existe aussi une transformation qui procède par ajustement.
Un peu plus de ceci.
Un peu moins de cela.
Un temps pour avancer.
Un temps pour intégrer.
Un temps pour parler.
Un temps pour laisser reposer.
Nous voulons souvent obtenir immédiatement le résultat final alors que quelque chose est encore en train de se réorganiser.
Tempérer n'est pas renoncer à changer.
C'est cesser de brutaliser le processus.
Nous ne pouvons pas toujours choisir les personnes que nous rencontrons.
Nous pouvons cependant apprendre progressivement à reconnaître ce que leur présence produit en nous.
Après avoir passé du temps avec cette personne, suis-je plus libre ou plus contracté ?
Puis-je rester moi-même ?
Mes limites existent-elles réellement ?
Puis-je exprimer un désaccord ?
La relation permet-elle la réparation ?
Dois-je continuellement anticiper, expliquer, rassurer, me défendre ?
Ces questions sont parfois plus instructives que : « Cette personne est-elle bonne ou mauvaise ? »
Car il ne s'agit pas nécessairement de condamner quelqu'un.
Il s'agit de reconnaître dans quel climat nous pouvons vivre et grandir.
Certaines périodes de notre vie ne demandent pas davantage d'efforts.
Elles demandent un autre environnement.
Moins de bruit.
Moins de lutte.
Des relations plus sûres.
Des limites plus claires.
Des personnes capables de respect et de réciprocité.
Et suffisamment de temps pour que ce qui s'était refermé découvre qu'il peut, peut-être, s'ouvrir à nouveau.
On ne force pas une fleur à éclore.
On prend soin du sol.
On lui donne de l'eau.
On lui offre de la lumière.
Puis on la laisse accomplir ce qu'elle sait faire.
Peut-être devrions-nous parfois nous accorder la même délicatesse.
© Corinne Brossier
|
|