SPIRITUEL NE VEUT PAS DIRE IRRÉPROCHABLE
Quand les beaux discours ne suffisent plus ...
Parler de lumière ne dispense pas de regarder ses propres zones d’ombre.
Peut-on être ouvert au spirituel tout en conservant son esprit critique et son discernement ?
J’évolue depuis longtemps dans un univers où l’on parle beaucoup d’énergie, d’intuition, de conscience, de bienveillance, de lumière, parfois de spiritualité.
Et je continue à penser que certaines de ces dimensions ont toute leur place dans notre compréhension de l’humain.
Mais avec les années, mon regard a changé.
Peut-être est-il devenu moins impressionnable.
Je suis aujourd’hui beaucoup moins sensible aux grands discours spirituels et beaucoup plus attentive à quelque chose de très simple :
la manière dont une personne se comporte ...
Car il existe parfois une distance considérable entre les valeurs que nous affichons et celles que nous incarnons réellement.
. On peut parler de bienveillance et devenir blessant dès que l’on est contrarié,
. Parler de non-jugement et juger sévèrement ceux qui ne partagent pas nos convictions.
. Prôner le détachement tout en recherchant la reconnaissance.
. Parler d’amour tout en cherchant à contrôler l’autre.
. Évoquer la lumière sans vouloir regarder ses propres zones d’ombre.
Et cela ne concerne évidemment pas seulement le monde spirituel.
Avant d’exercer mon activité actuelle, j’ai travaillé dans un univers très différent, celui de l’industrie pharmaceutique et péri-pharmaceutique, notamment en agence de communication.
Le contraste m’interpelle aujourd’hui.
Dans le monde de l’entreprise, les enjeux sont généralement assez lisibles : vendre, développer une activité, gagner des parts de marché, défendre un produit, convaincre, réussir.
Cela ne rend évidemment pas toutes les pratiques vertueuses, mais les intérêts économiques existent au grand jour.
Dans certains univers liés au bien-être ou à la spiritualité, ces mêmes dynamiques humaines peuvent exister : besoin de reconnaissance, concurrence, argent, pouvoir, désir d’influence, ego …
La différence est qu’elles peuvent parfois être recouvertes d’un vocabulaire qui les rend beaucoup moins visibles ...
. Une volonté de contrôle peut alors devenir « je sais ce qui est bon pour toi ».
. Un jugement : « ton niveau de conscience ».
. Un désaccord : « ta résistance ».
. Une blessure infligée : « quelque chose que tu avais besoin de vivre ».
. Une remise en question légitime : « ton ego qui réagit ».
Et c’est précisément là que le discernement devient essentiel.
Car un vocabulaire spirituel ne transforme pas automatiquement un comportement malsain en comportement juste, ce que nous faisons lorsque nous sommes contrariés
Avec le temps, je regarde donc moins ce qu’une personne affirme être que ce qu’elle fait lorsque les choses ne vont plus dans son sens :
. Comment réagit-elle lorsqu’on lui dit non ?
. Lorsqu’on la contredit ?
. Lorsqu’elle se trompe ?
. Lorsqu’on lui demande des explications ?
. Lorsqu’elle blesse quelqu’un ?
. Est-elle capable d’entendre, de reconnaître, éventuellement de réparer ?
. Ou utilise-t-elle ses convictions pour éviter toute remise en question ?
Ces moments disent parfois davantage de notre rapport réel aux autres que tous les discours sur l’amour et la bienveillance.
Il y a enfin quelque chose auquel je tiens de plus en plus dans ma propre pratique : le droit de ne pas savoir.
Nous pouvons être sensibles à l’intuition, au symbolique, à l’énergétique ou au spirituel sans transformer nos perceptions en vérités absolues.
Nous pouvons proposer une lecture sans prétendre détenir la vérité sur celui qui nous consulte.
Nous pouvons ressentir quelque chose et néanmoins nous demander :
Est-ce une intuition ? Une interprétation ? Une projection ? Une hypothèse ?
Et parfois simplement dire :
« Je ne sais pas. »
Je ne vois pas cette phrase comme une faiblesse, au contraire.
Plus les années passent, plus elle me semble être l’une des garanties d’une pratique respectueuse.
Je n’ai donc pas perdu mon intérêt pour la dimension spirituelle de l’existence.
J’ai probablement perdu quelque chose d’autre :
la fascination pour ceux qui prétendent en détenir les clés.
Je préfère aujourd’hui une spiritualité moins spectaculaire, moins affirmative et peut-être plus humble :
. Une spiritualité qui ne nous place pas au-dessus des autres.
. Qui ne nous dispense ni du doute ni de la responsabilité.
. Qui ne transforme pas nos croyances en certitudes imposées à autrui.
. Et qui nous laisse suffisamment humains pour reconnaître nos contradictions, nos erreurs et nos zones d’ombre.
Car au fond, je me méfie désormais assez peu des personnes capables de dire :
« Je peux me tromper. »
Je me méfie davantage de celles qui semblent toujours savoir ce qui est vrai…
surtout lorsqu’il s’agit des autres.
© Corinne Brossier
|
|